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Le mystère du « bungalow » : d’où vient ce mot et comment est-il devenu le roi de nos banlieues ?

Dernière modification: 04 mai 2026
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Après avoir exploré l'origine du mot « cottage » [lien vers l'article précédent], il est temps de s'attaquer à l'autre grand classique de l'immobilier québécois : le bungalow.

Si le cottage évoque la maison familiale à deux étages, le bungalow, lui, est le symbole de la maison de plain-pied, accessible et pratique. C'est la maison de la classe moyenne, celle qui a colonisé nos banlieues après la Deuxième Guerre mondiale.

Pourtant, si vous voyagez en Inde ou en Californie, vous réaliserez que le mot « bungalow » ne désigne pas du tout ce que nous imaginons ici. C'est une histoire fascinante de mots qui voyagent, s'adaptent et finissent par définir notre paysage résidentiel.

L'origine du mot : l'influence coloniale en Inde

Pour comprendre le bungalow, il faut traverser l'océan jusqu'en Inde.

Le mot provient du terme « bangla », issu des langues indo-aryennes du 17e siècle, qui signifie littéralement « appartenant au Bengale », une région du sous-continent indien. Pendant la colonisation britannique, les administrateurs et militaires anglais cherchaient des habitations adaptées au climat chaud et humide de l'Inde. Ils ont découvert les maisons traditionnelles du Bengale : des structures simples, de plain-pied, construites en matériaux légers, avec des pièces spacieuses et une large véranda ombragée tout autour.

Séduits par ce modèle, les Britanniques l'ont adapté à leurs besoins. Ils ont conservé la structure de plain-pied et la véranda, mais ont remplacé le torchis et la chaume par des murs en briques, des plafonds plus hauts pour favoriser la circulation d'air, et des toits de style colonial. C'est ainsi qu'est né le bungalow colonial — une habitation de prestige pour les colons européens en terres étrangères.

La traversée de l'Atlantique : le bungalow californien

À la fin du 19e siècle, le concept traverse l'Atlantique et s'installe aux États-Unis, d'abord en Angleterre avant de gagner la Californie. C'est là qu'il va véritablement se transformer.

Le mouvement Arts and Crafts, né en Angleterre sous l'impulsion de William Morris, prônait un retour aux matériaux naturels, à la simplicité et à la fonctionnalité, en réaction aux excès de l'ère victorienne. Ce courant a profondément influencé les architectes californiens, qui y ont trouvé l'inspiration pour développer un nouveau type d'habitation : le California Bungalow.

Plus compact et abordable que ses prédécesseurs, ce bungalow californien était typiquement construit en bois de cèdre, avec un toit à faible pente, de larges avant-toits pour l'ombre et une véranda invitante. Il incarnait une promesse simple : une maison proche de la nature, fonctionnelle, accessible à la classe moyenne. Face aux grandes demeures victoriennes ostentatoires, il représentait une alternative saine et moderne.

L'arrivée au Québec : le rêve américain en banlieue

C'est après la Deuxième Guerre mondiale que le bungalow s'impose véritablement au Québec. Les soldats revenus du front, les catalogues de maisons préfabriquées diffusés depuis les États-Unis, et surtout l'essor fulgurant de l'automobile ont créé les conditions idéales pour un nouveau modèle de vie : la banlieue pavillonnaire.

Des municipalités comme Laval et Longueuil se sont développées à toute vitesse pour loger les familles de la classe moyenne. Les constructeurs immobiliers avaient besoin d'un modèle simple, rapide à bâtir et peu coûteux. Le bungalow californien — de plain-pied, compact, facile à construire — répondait parfaitement à cette demande.

Le mot « bungalow » s'est alors imposé dans notre vocabulaire pour désigner ce modèle précis : une maison unifamiliale de plain-pied, où toutes les pièces principales (cuisine, salon, chambres) sont situées au même niveau, souvent avec un sous-sol aménageable en dessous. Le terme portait avec lui une image de modernité et de confort américain — bien plus évocateur que la sobre expression « maison de plain-pied ».

En somme

Le bungalow québécois n'a plus grand-chose à voir avec les maisons en torchis du Bengale dont il est issu. En passant de l'Inde coloniale à la Californie bohème, puis aux banlieues québécoises d'après-guerre, il s'est transformé en quelque chose de bien à nous : le symbole d'une époque où posséder une maison — simple, fonctionnelle, avec un grand terrain — était à la portée de tous.

Aujourd'hui, alors que l'étalement urbain est remis en question et que les nouvelles constructions privilégient la densité, on peut se demander quelle place il reste pour le bungalow. Peut-être celle d'un patrimoine à réinventer — plus vert, mieux isolé, mais toujours ancré dans cette promesse de vie simple et accessible qui a fait son succès.

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Jean Airoldi
Jean Airoldi
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